jeudi 14 février 2019

Merci Will, et à bientôt

  Je suis tombée par hasard sur le site de son éditeur,  je ne sais plus trop comment, ni pour quelle raison... L'ayant commandé aussitôt, je l'ai reçu assez rapidement et mis précieusement de côté.

  J'ai en effet l'habitude de conserver pendant longtemps livres et DVD  avant de les découvrir, comme autant de poires pour la soif en attendant « le bon moment » ; parfois, ils patientent pendant plusieurs années dans ma bibliothèque... 

  Le livre de Michel Fize était encore posé sur la table de la cuisine, dans son emballage, le jour où j'ai appris que Lucifon était gravement malade et que son pronostic vital était engagé. Évidemment, le lire était alors au-dessus de mes forces...

  C'est un peu plus tard, lorsque Luce est décédé, que je l’ai sorti de son enveloppe. J'avais décidé d'écrire sur lui, sur nous et cette terrible séparation et jour après jour, il m'a accompagnée et soutenue, à sa manière ; sans le lire immédiatement pour ne pas me disperser, j'ai gardé ce livre près de moi durant ces longues heures où je suais sang et eau en écrivant mon chagrin. Sa présence sur le bureau me rassérénait : il était donc possible d'écrire ces histoires déchirantes sans y laisser sa peau...

  C'est après avoir écrit sur ce blog ce qui deviendrait finalement la première partie d'un livre, que je m'y suis plongée. Quelle sensation étrange alors de familiarité et de proximité réchauffantes, ai-je ressentie en découvrant son histoire si particulière, si différente et qui exprimait pourtant tant d'émotions similaires !

  La plume de ce sobre récit est d'autant plus bouleversante qu'elle s'attache aux silences : le silence de l'observation d'abord, qui a permis au narrateur de remarquer et de collecter dans sa mémoire tant de traits de la personnalité de Will, ses préférences, ses bonheurs, inquiétudes et petites manies... Le silence, également, d'une communication absolue entre deux êtres qu'unit seule la joie paisible de se trouver en présence l'un de l'autre... Enfin, le silence de l'absence que l'auteur emplit de ses souvenirs et de sa tendresse avec, en écho, celui tout aussi bouleversant de ce grand fils qui n'a pas de mots...

  Une grande douceur se dégage de ces pages pleines d'amour dont les images surgissent comme autant de flashbacks, au gré des souvenirs : les soins apportés aux coussinets de Will en lui parlant pour le rassurer, les balades avec leurs surprises et rencontres, agréables ou non, les stations au café ensemble. La chienne d'un autre café, que Will aimait tant et qui, un an après, a bien vieilli... Cette nostalgie vous retourne le cœur et vous berce tout à la fois en vous arrimant à l'essentiel, à ce qui compte.

  Humilité, enfin : Michel en arrive à culpabiliser de n'avoir peut-être pas été suffisamment disponible pour Will, de ne lui avoir pas permis de vivre tout ce qu’il lui aurait été possible de vivre ; ce sont là les regrets inguérissables du manque... 

  Tout comme l'auteur, je m'interroge sur cet amour qui n'aura jamais de fin ; et je me demande comment il peut ne pas être respecté par d'aucuns, peu empathiques sans doute, qui ont établi une hiérarchie des êtres et des douleurs, déniant à un être humain le droit de se ressentir orphelin de son ami animal : définitivement celui qui reste, démuni.

  Que le lecteur se console toutefois en sachant que Michel Fize a inventé maints moyens de retrouver son « Willou » : à travers l'écriture d'un second livre d'abord, Le retour de Will, qui attend dans son enveloppe blanche comme son prédécesseur en son temps, et pour lequel j'écrirai un second billet. Michel a également adopté un peu plus tard Alec, malheureusement décédé lui aussi. Les victoires, joies et chagrins de l'auteur nous parviennent par bribes sur sa page FB.

  La vie continue, donc... C'est, en effet, le plus beau cadeau que l'on puisse faire à nos chers compagnons disparus, eux-mêmes pleinement investis, jusqu'à la dernière seconde, de cette existence si précieuse dont il s'agit de prendre soin, et de l'employer au mieux.

  Merci, Monsieur Fize, de m'avoir montré le chemin.

  Votre récit, en me prouvant qu'il ne tenait qu'à nous que la mort n'ait pas le dernier mot, a pansé (un peu) ma blessure; et je ne doute pas qu'il ne soutienne et console vos autres lecteurs, forcément concernés.

Michel Fize, Merci, Will et à bientôt, ed. LGO, 2016 pour sa seconde édition. 
n° ISBN 978-2-36996-019-5, 14€
Peut être commandé sur Amazon.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire